Mardi Gras, le jour incontournable
du Carnaval
Le Carnaval de Pézenas compte cinq journées de fête. Deux voient sortir l'Animal totémique : la Saint-Blaise, autour du 3 février, qui marque l'ouverture des festivités, et le jour de Mardi Gras, l'apogée. Plusieurs mois avant, les Piscénois s'activent, se retrouvent, se préparent. Chacun attend avec impatience la sortie Mardi-Grasse de leur Animal totémique.
« Le Poulain, je le vis ; rien qu'à entendre la musique, j'ai des frissons. » « Quand on entend la musique, on a la chair de poule, on sent sa poitrine prête à éclater. » « Il suffit d'annoncer la sortie du Poulain pour faire descendre les Piscénois dans les rues. » (témoignages recueillis par Claude Achard, Poulains et bestiaires magiques, Tintamarre, 2011)
Les préparatifs
Les préparatifs du Carnaval durent plusieurs mois. Certaines répétitions, principalement musicales, ont lieu tout au long de l'année, des groupes s'y mettent dès le mois de septembre. Les Amis du Poulain anticipent l'organisation administrative : réunions de sécurité, dépôt des parcours et obtention des arrêtés municipaux, réunions pour la communication, co-organisation du Carnaval des enfants…





Le matin - recueillement
La journée commence entre 9 et 10 heures, quand les porteurs et le meneur se retrouvent au local pour préparer le Poulain. Ils se dirigent ensuite dans la cour d'honneur de la mairie, d'où partira le Poulain l'après-midi. Puis c'est le cimetière, l'hommage rendu au caveau municipal. Une rose est offerte aux derniers confrères partis.
À 12h, porteurs, musiciens et meneur se retrouvent pour un repas traditionnel.
« Ce repas est une communion. On se retrouve tous. On chante, on boit, on rigole. On forme un tout, un vrai collectif. » (Albert Lopez)
Avant la sortie, dans la cour d'honneur, il y a un moment que peu de gens voient :
« C'est l'un des moments les plus émouvants. On pose le Poulain. Il n'y a pas un bruit. On sait que bientôt ce sera le moment. C'est comme entrer dans une cathédrale. C'est un moment sacré pour moi et je crois pour tous les porteurs, un moment de recueillement. » (Albert Lopez)





L'après-midi - la sortie
Vers 15h, dans la rue, on entend des pétards et on voit courir à longueur de rues des masques qui se poursuivent. Les portes sont ouvertes, la population rentre au fur et à mesure dans la cour d'honneur de la mairie. Certains chantent, d'autres dansent, tous ou presque sont costumés. On voit de nombreuses bandes de carnaval, les jeunes portent souvent le panel blanc et les hautes chaussettes violettes du Stade piscénois. Mousse à raser, farine, confettis, parfois quelques œufs volent au-dessus de la foule. Des pescòfis baladent au bout de leurs cannes à pêche des alincades ou des tripes sous le nez de badauds gênés mais complices. Des masques font la chine à des connaissances qui ne les reconnaissent pas. « Si tu ne modifies pas assez ta voix et ton comportement, ils te reconnaissent. Alors c'est la preuve que tu es mal emmasqué. Va-te rhabiller ! »
Tout à coup, la foule se tourne vers l'entrée de la cour d'honneur, où la musique tant attendue éclate. C'est l'entrée des musiciens du Poulain, suivis de près par les porteurs et le meneur. On prend la photographie traditionnelle de l'équipe-Poulain-année x. Zou, chacun à son poste ! La musique reprend, le Poulain se dresse, le meneur attisse lo Polin de son cibadier-tambourin en esquissant les premiers pas de danse. Gnò ! C'est parti.
Il saute, avance, recule, revient sur ses pas, surprenant ceux qui le talonnent. Les bordiers placés autour du Poulain feintent le meneur pour deviner ce qui se prépare et prévenir où ça va camphrer. Ça retient sous le porche puis en bombe, l'Animal sort de la cour d'honneur pour rejoindre le cours Jean-Jaurès, qui devient les Champs-Élysées du cérémonial.
Le Poulain passe-carrieros à travers les rues, dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Ce n'est pas un hasard : c'est le code traditionnel des totems historiques. La loi du Carnaval, c'est l'inversion permanente, les femmes en hommes, les vieux en jeunes, les monstres en sainte-nitouche, les prudes en exhibitionnistes. Ouste, profitons-en, ça dure un jour et une nuit !
Il honore les balcons, les petitous et les personnes âgées ont sa préférence, surtout si elles ont donné pour une bonne cause. L'avant du Poulain se dresse, sa tête s'approche du balcon, dodeline de droite à gauche comme pour demander une caresse. Ceux qui connaissent le rite lancent quelques pièces. Le Poulain remercie de la tête et c'est reparti.
Une bande particulière anime la foule : celle des cornes, composée d'une dizaine de membres masqués, plutôt jeunes, brandissant des cornes de bœuf au-dessus de la foule. On les entend chanter : « Si tous les cocus portaient des clochettes, des clochettes au cul, on ne s'entendrait plus ! »










La pause
Autrefois, les bistrots ouverts permettaient aux carnavaliers empoulinés de se désaltérer pendant que les carnavaleurs non pouliniers dansaient sur des airs déjantés. Aujourd'hui, ça se répand où bon voudra : tannières secrètes de bandes générationnelles, familles élargies aux amis visiteurs, bodegas improvisées, virée derrière des musicos increvables jusqu'à des portes ouvertes hospitalières à des estrangiers enpiscénoisés…
La nuit - deuxième mi-temps
21 heures pétantes : le Poulain est sur ses starting blocks dans la cour d'honneur. La foule se coufine autour de lui, en préférant pour la nuit follichonne lo panel e la bouneto. Lous Poulinaïres regaillardis après un bon granhous rebandent leurs muscles. Zou ! ça boumbe bis.
La nuit n'en revient pas d'être si belle. Elle est patinée de mains qui vont s'enlacer à des corps inconnus, se bousculer, s'entraider, se perdre, se ressaisir à des farandoles déboussolées, enivrées par la transe que le Poulain envoie par tous ses musiciens coagulés à son souffle. Les vieilles rues du château sont le chaudron magique où le Poulain remue sa pale musicale. Tu es fondu dans ce géantissime Animal et tu respires par sa nhaque…
Petit à petit, il approche de son écurie. Plus il est proche, plus il bondit pour rallonger les derniers mètres. Il rentre, il sort, il re-rentre, il re-ressort… C'est l'Écurie, son Écurie, un garage devenu temple de la Vie où il hibernera en fécondant nos rêves.
Clac ! Se tanque le portail.
« Adiu paure, adiu paure, adiu paure Carnaval… Adiu paure, adiu paure, adiu brave Poulinàs ! »








